July 7, 2006

Dogville : un Dieu gangster ?

Avertissement:

Cet article contient des révélations sur l’intrigue du film Dogville.

Ce film contient des scènes de violence et de nudité qui peuvent heurter. Lors des projections publiques, des personnes ont quitté les salles.

Affiche

Renversant !

Lars von Trier nous livre ici une interprétation très personnelle de l’Évangile, qui interroge et qui choque.

Quelle ne fut pas ma surprise pourtant quand, cherchant des critiques de ce film, je ne trouvai aucune mention faite au christianisme. Les critiques francophones de ce film se contentent d’y voir une mise en boite de l’Amérique rurale, dans la continuité de Dancer in the Dark, préfigurant selon ces auteurs le début d’une série d’oeuvres centrées sur les États-Unis. Ils y voient également l’influence de Berthold Brecht dans la nudité des décors et la simplicité de la mise en scène. S’il est vrai que le film a été entièrement tourné dans un hangar, avec des décors principalement tracés à la craie sur le sol, c’est visiblement pour mieux mettre le spectateur dans une position omnisciente, divine, que l’auteur fait ce choix. Et malgré tous les indices flagrant d’une inspiration chrétienne, aucun rapprochement à la foi n’est fait dans ces commentaires.

Pourtant nul n’est besoin de chercher loin pour trouver les références à la Bible dans ce film, puisque même les noms des personnages s’y réfèrent : l’héroïne, figure christique par excellence, se nomme Grâce, et le chien du village, Moïse.

C’est finalement sur un site anglophone, Christianity Today, que je trouvai une critique de ce film avec des yeux ouverts sur son message, bien que je ne partage pas totalement l’avis du critique, notamment en ce qui concerne la séparation qu’il fait entre le Dieu juge de l’Ancien Testament et le Dieu amour du Nouveau Testament.

À l’apogée de cette passion, Lars von Trier enchaîne sur une apocalypse revisitée, où la figure christique de Grâce est taxée d’arrogance, et où ce personnage souffrant par et pour tous se transforme en juge sanguinaire, héritant tous pouvoirs sur la vie de son père gangster. La scène finale a lieu dans une voiture close, rideaux tirés, seul lieu du décor fermé aux regards, conciliabule divin après la trahison et la mise à mort de Grâce, avant la passation des pouvoirs omnipotents de son père sur le peuple qui l’a oppressée.

Le film se finit sur l’image du chien Moïse. Ce personnage, tracé à la craie dans le décor depuis le début du film, et qui a vécu passivement les événements de l’intrigue sans jamais broncher, est épargné par Grâce, prenant soudain vie au milieu du village en flammes, seul à mériter le pardon divin.

Une oeuvre magistrale, qui révèle beaucoup sur les croyances de son auteur.

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